Les blogs | Le carnet de route d'Yves Magat

« Rio: après les Jeux, le retour du trafic | Accueil | Vorkuta: le grand Nord russe »

Publié le 26 septembre 2016 à 05:53 dans Actualité

Colombie1El Diamante, La Macarena, Colombie. Il faut bien quatre heures et demie de mauvaise piste depuis le village de La Macarena pour entrer dans le territoire des FARC. On doit pour cela traverser l’ancien domaine du caïd de la drogue Pablo Escobar. On voit encore la piste d’atterrissage que ses avions employaient pour emporter sa marchandise !

 

 

 


Colombie5Le camp de El Diamante où les “comandantes” se sont réunis pour avaliser l’accord de paix négocié à La Havane avec le gouvernement colombien est particulier. On y attend la signature de l'accord le 26 septembre à Carthagène. Puis le résultat du référendum sur cet accord prévu pour le 2 octobre. Quelques centaines de jeunes guérilleros sont installés dans leurs habituelles “caletas”: une sorte de tente ouverte faite de tissus de camouflage avec un lit en planches, quelques effets personnels et une kalachnikov. Mais l’atmosphère est plutôt à la fête. Chaque soir des musiciens viennent de la capitale pour donner ici un concert et ajuster leur bonne conscience révolutionnaire… Les couples de guérilleros s’endimanchent pour l’occasion: un t-shirt de couleur mais en général toujours le pantalon gris-vert et les sempiternelles bottes. De temps en temps une jeune guérillera ose le mini-short et le décolleté plongeant…



Colombie2Andrés est entré à 13 ans dans les FARC. Il en a maintenant 29 et rêve de faire des études quand la paix sera installées. Il  nous fait visiter sa “caleta” et la tranchée individuelle construite à côté pour se protéger des bombardements de l’armée: “Nous vivons de manière non conventionnelle dans une situation non conventionnelle”, nous dit-il.

 

 

 



Colombie3Plus loin dans le camp, Adriana explique qu’elle a rejoint la guérilla sous l’influence d’autres combattants. Son but est de lutter contre l’inégalité sociale et la pauvreté. Elle avait 21 ans et en a maintenant 36. Elle participe aux émissions de radio des FARC et désire faire des études de journalisme pour continuer sa lutte avec d’autres armes que le fusil.

 

 

 

 

Colombie4Tatiana, elle, s’est retrouvée enceinte malgré les précautions qu’elle et son compagnons prenaient. Elle a décidé de garder l’enfant qui doit naître dans trois mois: “S’il n’y avait pas eu cette perspective de paix, j’aurais certainement avorté, explique-t-elle. Ce qui attend maintenant mon enfant c’est un environnement de bonheur et de joie. Mais il sera comme moi un révolutionnaire jusqu’au bout des ongles”, ajoute-elle, en regardant le relevé de son échographie faite par un médecin de la guérilla.

 

 



Colombie6Cette vision quelque peu romantique de la guérilla est vite mise à mal lorsqu’on pose des questions plus pointues. Le commandant Ivan Merchan Gomez est d’un abord jovial ; c’est le patron du “front oriental”. Il offre des tournées de bières à tout un chacun et répond volontiers aux questions, contrairement aux commandants du secrétariat central, prisonniers de leur langue de bois.

Les plantations de coca : “Nous ne la cultivons jamais, nous avons d’autres choses à faire. Mais nous prélevons un impôt comme sur n’importe quelle autre production agricole. Et si les paysans cultivent de la coca c’est parce que c’est la seule plante qui leur permet de survivre.”

Les enlèvements avec demande de rançon: “C’est un impôt prélevé sur des gens qui ont une fortune de plus d’un million de dollars. L’état fait la même chose quand il réclame des impôts aux paysans. Quand c’est nous, on appelle ça de l’extorsion et quand c’est l’état, c’est de la fiscalité !…” Difficile de régater face à de tels arguments…

Colombie7Il n’empêche que les violations des droits de l’homme perpétrées par les FARC sont innombrables et impardonnables: au trafic de drogue et aux enlèvements, s’ajoutent les exécutions sommaires et l’enrôlement d’enfants. De nombreux Colombiens exigent des comptes de la guérilla. Ils refusent l’amnistie, les droits politiques et l’assistance financière aux FARC que prévoient les accords de La Havane. Ils voteront donc non au référendum du 2 octobre.

 



D’autres, souvent des victimes ou des familles de victimes de la guérilla estiment que le moment est venu de tourner la page pour en finir après cinquante-deux ans de guerre civile. Peut-être aussi parce que tout le monde en Colombie sait que les crimes des FARC n’ont d’égal de ceux des milices paramilitaires ou de l’armée. Il faut bien sortir un jour de ce cercle infernal. Les négociateurs de la guérilla ont su profiter cette fois de l’opportunité. Ils ont pu obtenir des concessions qui en font les gagnant du processus. En espérant qu’au bout du compte le vrai gagnant sera le peuple colombien dans son ensemble.

Commentaires

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

A propos


> Retrouvez aussi @yvesmagat sur twitter

Accueil

Articles récents

Calendrier

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  

Catégories

Archives

Flux RSS