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Publié le 20 août 2016 à 23:20 dans Actualité , Brésil

Jacarezinho
Favela de Jacarezinho

Rio de Janeiro, Brésil. La vie quotidienne des favelas dépend beaucoup de la puissance des trafiquants qui les contrôlent. Et tout ne se règle pas qu’à Rio de Janeiro. Alors que les Cariocas regardent avec plus ou moins d’intérêt la tenue des Jeux olympiques, certains gangs ne perdent pas leur temps. Un article du quotidien O Globo (11.08.16) détaille l’assassinat d’un caïd brésilien du trafic frontalier entre le Paraguay et le Brésil et ses conséquences à Rio de Janeiro.

 

Le 15 juillet Jorge Rafaat Toumani était dans son véhicule blindé, une SW4, accompagné de seize gardes du corps. Une exécution en règle : une voiture entre en collision avec lui puis surgit un pickup avec, comme en Syrie, une mitrailleuse lourde « .50 » fixée sur la plage arrière. Le pare-brise blindé vole en éclat : cette arme qui peut être utilisée contre des avions envoie des balles de 12,7 mm capables de perforer 2 cm d’acier lorsque la distance est inférieure à 600 mètres. Sinon sa portée est proche de 2 km. Le « roi de la frontière » a été atteint par 16 balles…

 

La route du Paraguay
Ce règlement de comptes organisé par un parrain local allié des trafiquants de Rio n’est pas anecdotique. Toujours selon O Globo, Rafaat était l’intermédiaire obligé pour le trafic d’armes et de cocaïne venues de Bolivie via le Paraguay. Il négociait avec ses correspondants de São Paulo qui imposaient ensuite leurs conditions aux caïds de Rio. Ceux-ci ont maintenant le champ libre et n’auront plus besoin de passer par São Paulo. Avec deux conséquences probables : l’afflux d’armes vers Rio, y compris d’armes de guerre lourdes comme la mitrailleuse et l’augmentation du trafic de cocaïne vers les Etats-Unis et l’Europe, donc l’enrichissement accru des parrains de Rio et le renforcement de leur pouvoir dans les favelas cariocas.

Selon O Globo le kilo de cocaïne est acheté 2'000 $ en Bolivie. Il est négocié ensuite par les parrains des favelas de Rio à 5'000 $ pour être finalement vendu aux Etats-Unis à 25'000 $. Rafaat exportait deux tonnes de cocaîne par mois aux Etats-Unis, donc en gros un chiffre d’affaire de 50 millions de dollars mensuels. Un tel montant permet toutes les corruptions.

 

Problème d'identification
Au niveau des favelas, les miettes qui reviennent aux petites mains du trafic ont des conséquences sociales fondamentales. Le sergent A. de la police militaire chargée de contrôler la favela de Salgueiro à Tijuca est clair : « Chez les jeunes il y a un problème d’identification. Ils ne se reconnaissent pas dans leur père qui se tue au travail pour un salaire misérable. Ils préfèrent les trafiquants qui se baladent avec une chaîne en or, entourés de nombreuses filles. » Et il ajoute : « Il faudrait un vrai système de formation professionnelle qui permette aux jeunes d’avoir d’autres alternatives de vie. » Bien sûr tous les habitants des favelas ne tombent pas dans la délinquance et la fascination de la violence qui dans un autre contexte aurait pu en faire des djihadistes. Mais dans ces lieux de non droit dominés par les mini dictatures des trafiquants, il est souvent difficile d’échapper à la pression du milieu. Aujourd’hui, seuls le sport et la musique permettent souvent aux jeunes favelados de choisir une autre voie.

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