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Publié le 27 avril 2016 à 23:10 dans Actualité , Migrations

Endabagiuna10Shire, Éthiopie. Dans le centre d’enregistrement d’Endabaguna au nord de l’Éthiopie, un ballet de minibus amène toute la journée des Érythréens qui ont fui leur pays. Selon les statistiques du UNHCR qui gère le centre, ils sont entre 100 et 300 par jour à être amenés ici après avoir été recueillis près de la frontière par l’Office éthiopien des réfugiés (ARRA). Les Érythréens sont ensuite répartis dans quatre camps de la région de Shire. 

 


Endabaguna11Actuellement plus de 36’000 réfugiés du jeune pays voisin se trouvent dans ces camps, dont 35 % d’enfants. Parmi ces derniers, un sur cinq est un “mineur non accompagné”, c’est-à-dire un enfants ou adolescent arrivé tout seul. Selon les statistiques du UNHCR, en 2015 ils étaient 4’200 dans cette catégorie particulièrement vulnérable. Comme Philemon, que nous rencontrons dans le secteur réservé d’Endabaguna. Il a douze ans et a traversé la frontière avec un copain du même âge quelques jours plus tôt. Il a une soeur en Hollande et un parent dans un camp éthiopien de la région. Tout fier mais encore sous l’émotion, Philemon nous décrit son odyssée: “A la frontière les soldats érythréens regardaient en haut vers les collines où sont les gardes éthiopiens, alors nous sommes passés par en bas et ils ne nous ont pas vus !”



Endabaguna8Une société militarisée
La plupart de ceux qui arrivent ici ont cherché à fuir les griffes de l’armée érythréenne et son emprise sur toute la société. Les jeunes, garçons et filles, sont enrôlés pour un temps indéterminé qui peut durer des années. Personne n’est à l’abri d’un régime militaire de plus en plus ubuesque. Comme cet homme déjà âgé à qui le gouvernement demandait de travailler à nouveau pour l’armée. “Comme j’ai un frère en Suisse j’aimerais le rejoindre”, nous dit-il. Selon les réfugiés que nous rencontrons ici, l’oppression permanente, les arrestations arbitraires et la dégradation de l’économie aux mains d’une caste militaire poussent également nombre d’entre eux à l’exil sans avoir été directement menacés: l’air est simplement devenu irrespirable.

 


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De véritables villages
Cette hémorragie quotidienne d’un pays exsangue se déverse ensuite dans les camps de la région dont le premier a ouvert en 2004. Il s’agit de véritables villages, comme celui de Mai-Aini où nous nous promenons librement après nous être présentés au coordinateur de l’ARRA. Les lieux sont ouverts avec des rue en terre battues et des maisons en pierres plutôt bien construites. Ce n’est pas l’opulence mais il y règne une vie quotidienne presque normale. Les marchands de légumes s’affairent devant leur boutique auprès des acheteurs, le coiffeur manie le ciseau avec dextérité et les cafés-restaurants redoublent d’ingéniosité pour attirer les clients. Comme le Kanazegelila, décoré de peintures religieuses avec sa sono de musique érythréenne en arrière-fond. Spécialité: les spaghettis à la sauce tomate piquante, un reliquat de l’occupation italienne.


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Le camp compte quatre écoles où sont mélangés les enfants de réfugiés et ceux des villages voisins. Le matériel est financé par l’Église orthodoxe éthiopienne et les enseignants sont éthiopiens. Les cours sont en tigrinya, la langue parlée des deux côtés de la frontière et comme partout en Éthiopie, l’enseignement secondaire est en anglais.

 

Lutte contre l'oisiveté
Dans un autre secteur, sport, ateliers de peinture et musique permettent aux jeunes réfugiés de fuir l’oisiveté avec le financement du Service jésuite international. Ce n’est quand même pas un camp de vacances. Les conditions de vie sont très dures sur ces hauts plateaux arides loin de tout. Et la plupart des jeunes rêvent d’un autre ailleurs, qui s’appelle parfois la Suisse. Mais finalement peu feront le dangereux voyage à travers le Soudan, la Libye et le détroit de Messine. Pour de nombreux réfugiés érythréens, si la situation politique ne change pas dans leur pays d’origine, l’avenir se limitera pendant de nombreuses années à ce camp.

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