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Publié le 18 mars 2016 à 04:03 dans Actualité , Brésil

Copacabana4Rio de Janeiro, Brésil. C’est devenu une telenovela : chaque jour apporte son lot de révélations, de divulgation d’écoutes téléphoniques et de scandales de corruption du pouvoir. Les gigantesques manifestations de dimanche dernier et celles qui ont recommencé mercredi  dans tout le pays réclament à grands cris la condamnation de l’ancien président du Brésil Lula et la démission de l’actuelle, Dilma. Le tout est relayé abondamment par le géant de la presse Globo qui ne manque pas un épisode.

 

 

Copacabana3

Face à cette offensive, le camp du Parti des Travailleurs (PT) et la présidente ont choisi la contre-attaque, voire la provocation. Lula a été nommé hier chef de cabinet (Ministro da Casa Civil), un poste de super ministre sans portefeuille, directement sous la présidence. Avec une conséquence qui fait couler beaucoup d’encre et de salive: en cas de jugement dans l’affaire de corruption du géant pétrolier Petrobras, son cas ne serait plus traité par le juge Sergio Moro, l’actuel Mr. Propre du Brésil. Ce sera la Cour Suprême qui reprendrait le dossier. Contrairement à ce qu’affirme l’opposition, ce n’est toutefois pas une immunité car les juges de la Cour Suprême ne sont pas des plus favorables à l’ex-président. Mais dans la pratique celui-ci devrait en principe éviter ainsi une détention préventive humiliante. Quelques heures après la nomination, des décisions judiciaires les ont bloquées. Lula n'est déjà plus ministre !

 

Un système de corruption
Copacabana5On est bien loin des manifestations qui en 2013 avaient contesté le système de pouvoir du Brésil en partant du refus d’une hausse des tickets de bus. Le slogan était alors : « le géant se réveille » et les manifestants exigeaient de meilleurs services de santé et d’éducation. Aujourd’hui les manifestations sont exclusivement dirigées contre Dilma, Lula et le PT, devenus de tristes symboles d’un système politique profondément corrompu. La manifestation de dimanche à Copacabana ressemblait plus aux habituelles casserolades des classes moyennes et supérieures d’Amérique Latine. Et les quelques banderoles réclamant un coup d’état ne peuvent être que préoccupantes, même si ceux qui les brandissaient ressemblaient à de pitoyables clowns déguisés en para-militaires.

 

Le regard des favelas
Dans les favelas de Rio, on regarde tout cela avec amertume. A Jacarezinho, Mirian est révoltée par les scandales de corruption qui apparaissent au grand jour. Mais elle me dit que les manifestations de 2013 représentaient une population beaucoup plus « colorée », dans tous les sens du terme. « J’aurais bien aimé qu’aujourd’hui on dénonce la corruption de tous les partis, pas seulement celle du gouvernement », ajoute-t-elle.

 

L’exemple du Venezuela
Dans la favela de Salgueiro, Francinete se montre aussi préoccupée : « Je n’aimerais pas que le Brésil devienne un terrain d’affrontement politique comme le Venezuela ». Quelques minutes plus tard, des rafales de mitraillette crépitent dans la rue voisine lors d’un affrontement entre police et trafiquants. « Une habituelle fusillade de favelas, me dit Francinete, mais attends un peu avant de sortir !… »

Copacabana1Car au Brésil c’est la descente en enfer dans tous les domaines. Face à l’incapacité et la corruption de la police, les gangs ont repris du poil de la bête avec la violence qui les caractérise. Les budgets sociaux pour les quartiers défavorisés ont fondu ou disparu. En 2015, l’économie a plongé de 3,8%, le plus mauvais chiffre depuis 1981. Allant de pair, le chômage a augmenté de 9%. En cause, la baisse des prix des commodities qui avaient permis au Brésil un boom économique extraordinaire lors de la dernière décennie : on estime que 30 millions de Brésiliens ont alors pu sortir de la pauvreté. Mais, grisés par leurs succès, les gouvernement du PT avaient alors négligé d’investir dans des infrastructures économiques à long terme.

 

Dilma et Lula paient le prix de cette crise. Le système de corruption servant à acheter des votes au parlement et à financer des campagnes à coups de milliards de dollars pouvait passer inaperçu lorsque le pays allait bien. On ne leur pardonne pas maintenant qu’il est au fond du gouffre.

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