Les blogs | Le carnet de route d'Yves Magat

« Favelas de Rio: le retour de la violence | Accueil | Vila Autódromo: la favela qui résiste aux Jeux Olympiques »

Publié le 28 février 2016 à 18:53 dans Actualité , Migrations

Demo2Idomeni, Grèce, frontière avec la Macédoine. "Open the border, please !", Ouvrez la frontière, s'il vous plaît !. Environ quatre cent personnes, essentiellement de jeunes hommes, ont organisé une manifestation le long de la frontière barbelée installée l'automne dernier par les autorité macédoniennes. Elle sépare le village grec d'Idomeni de la petite ville macédonienne de Gevgeljia. Sur des cartons quelques mots: "On ne veut pas de nourriture, on veut juste passer !"

 

 

Les gens sont excédés. "On a faim, on n'a plus d'argent, on va craquer. Où est l'humanité, où est le monde", me demande Samy,  un Syrien de 20 ans. Il y a sept jours qu'il attend ici de pouvoir continuer son périple vers le nord de l'Europe. Un autre Syrien, entouré de plusieurs membres de sa famille, est rouge de rage contenue: "On est épuisé. Nous sommes partis de Syrie il y a un mois.  Nous avons marché sur les routes, à travers des forêts, sous la pluie.  On a échappé à la guerre, aux bombardements, à l'état islamique et à l'armée de Bashar."


Camp6Un homme dans la cinquantaine, bien habillé, erre sans but parmi les centaines de tentes installées dans un champ. Il m'apostrophe aimablement: "Dites-moi où puis-je aller ? N'importe quel pays s'il vous plaît, ma maison a été bombardée, toute ma famille est morte, sept personnes…"

 

 

 

 

Alors que toutes les frontières entre la Grèce et l'Allemagne se ferment les unes après les autres, les migrants s'entassent devant ce premier filtre qu'est la porte d'entrée en Macédoine. Les autorités grecques font ce qu'elles peuvent. Pour éviter un engorgement ici, elles bloquent pour l'instant les bus arrivant des ports du Pirée et de Kevala. Mais les migrants ne veulent pas rester dans les "hotspots", ces camps de transit. Ils sont pressés d'avancer car ils savent que le temps est compté avant une fermeture totale des frontières européennes. C'est même peut-être déjà trop tard: depuis dimanche dernier les Afghans ne sont plus considérés comme des réfugiés de guerre.

Road5Je croise sur la route entre Thessalonique et Idomeni des centaines de familles à pied. Elles marchent pendant des heures avec un nombre incroyable de petits enfants et de bébés. Je vois un jeune homme pressé portant seulement un petit colis rectangulaire dans un emballage de tissu. Il me sourit et lorsque je m'approche, il me montre le contenu : un minuscule bébé de deux mois qui dort à poings fermés sous le soleil et la pluie printanière de la Grèce.

 

 

 

 

Children2     Camp2 

Children5     Road1



A Evzoni, quinze km avant Idomeni, plusieurs taxis et des passeurs pakistanais vivant en Grèce attendent les clients devant l'hôtel Hara. L'un d'entre eux nous prend pour des migrants et propose ses tarifs: deux mille euros pour traverser les frontières jusqu'en Allemagne.

Greeks1Dans le village d'Idomeni l'unique mini supermarché ne désemplit pas. Les migrants qui ont encore un peu d'argent viennent ici compléter les maigres repas distribués dans le camp par les agences humanitaires passablement débordées.

Mais les villageois sont inquiets. Anastasia, une femme retraitée après avoir été elle-même travailleuse immigrée pendant vingt-cinq ans en Suède, est terrorisée: "On doit dormir avec une arme sous l'oreiller, dit-elle en regardant de tous côtés, comme si elle allait être attaquée. "Vous vous rendez  compte, ajoute-t-elle, avec ces milliers de djihadistes qui traversent nos frontières, on va devoir nous-même partir ." Face à ce  délire colporté entre autres par l'église orthodoxe grecque, des habitants gardent la tête froide. Vlassis, un retraité des chemins de fer m'explique que cela lui fait penser aux histoires de son propre père, lorsqu'il est arrivé ici totalement démuni après les "échanges de population" avec la Turquie dans les années vingt. " J'ai pitié pour tous ces enfants qui doivent dormir dehors", dit-il.

Greeks4En bord de route, un homme arrête sa petite voiture remplie de vivres. Il fait signe à un groupe d'enfants et leur distribue des fruits, des biscuits et de l'eau. C'est un pharmacien grec d'un village voisin qui s'adresse à moi en italien. Il a la voix brisée par l'émotion et cache ses larmes derrière des lunettes de soleil: "Il faut surtout leur remonter le moral, c'est une tragédie grecque !"

Mais contrairement aux tragédies grecques des auteurs classiques, on ne sait pas à l'avance comment celle-ci va se terminer.

 

 

 

Camp11   Camp1

Commentaires

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

A propos


> Retrouvez aussi @yvesmagat sur twitter

Accueil

Articles récents

Calendrier

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  

Catégories

Archives

Flux RSS