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Publié le 12 septembre 2015 à 01:39 dans Actualité , Migrations

Roszke12Röszke, Frontière Serbie-Hongrie. C'est un flot permanent d'hommes, de femmes et d'enfants qui suivent une ligne à voie unique d'un chemin de fer régional. Direction, le nord  vers la frontière hongroise. Plus modestement nous empruntons cette même voie sur quelques kilomètres pour faire connaissance avec des migrants que nous désirons filmer.

 


Certains sont jeunes et souriants, marchent en parlant avec leur smartphone comme s'ils étaient sur un trottoir d'Alep ou de Damas avant la guerre. D'autres ont les traits tirés et trainent le pas, épuisés par plusieurs semaines, voire plusieurs mois d'errances depuis la Syrie ou l'Afghanistan. Je rencontre un petit garçon syrien de 4 ans, marchant tout seul sur la voie en croquant une pomme comme à la récréation. Je le prends en photos, il me sourit puis accélère lorsque son père, 300 mètres plus loin l'appelle.

Roszke2Quelques minutes plus tard, c'est l'autre côté de la pyramide des âges. Une vieille dame syrienne en longue robe marche péniblement en trébuchant à chaque pas sur le ballast. Des parents la soutiennent par les bras. 20 mètres derrière son vieux mari pousse la chaise roulante impossible à utiliser sur la voie ferrée. Tout le groupe me sourit mais je n'ai pas le courage de prendre une photo.

Et sans arrêt des Afghans d'ethnie tadjik. Comme Kheiroullah. Il veut pouvoir faire des études d'ingénieurs, impossibles actuellement dans sa région. "Il y a les Talibans, les djihadistes,  des problème de sécurité, des problèmes de chômage, des problème économiques, c'est toutes ces raisons qui m'amènent en Europe", explique-t-il.

Il nous raconte son itinéraire interminable, traversant une multitude de frontières avec ou sans passeurs. Le pire c'était en quittant l'Iran pour la Turquie:  "L'Iran n'accepte pas les demandeurs d'asile et ne veut pas les garder, alors les soldats nous ont tiré dessus à la frontière. Et puis la traversée vers la Grèce était dangereuse: une embarcation surchargée, la police à éviter."

Plus loin nous faisons connaissance de Seif Ali. Il vient aussi du nord-est de l'Afghanistan. Il était tailleur avant de se retrouver au chômage en raison des affrontements  avec les Talibans et la paralysie de l'économie. Après trois mois de discussion, il convainc toute sa famille et même ses voisins de l'accompagner: dix-huit personnes, quatre générations. Ils sont en marche depuis trois mois: "Je fais cela pour mes enfants, nous dit-il. Je veux être loin de la guerre et de l'insécurité. Je veux une vie meilleure et surtout que mes enfants puissent aller  l'école."

A côté de son père, le jeune Ali Reza, 12 ans. Il me demande si mon appareil de photo est waterproof ! La partie  la plus dure du voyage,  nous dit le garçon, "c'était les montagnes et ensuite la mer". Et il ajoute timidement: "En Europe j'espère pouvoir aller à l'école et avoir un métier pour mon avenir."

Roszke4Quelques kilomètres plus loin, c'est la frontière serbo-hongroise. Des ouvriers s'activent mollement à compléter la construction de la clôture barbelée. Son utilité se limitera à satisfaire les électeurs du premier ministre hongrois Victor Orban. Le premier pays qui a abattu le rideau de fer est le premier à le reconstruire.

L'arrivée sous la pluie dans le camp improvisé et boueux de Röszke est sinistre. Heureusement des ONG sont présentes sur place pour proposer de la nourriture, de l'eau et des soins médicaux. Mais ici pas trace des agences de l'ONU. Aucune information pour les migrants sur ce qui va leur arriver.

Roszke3Des bus encadrés de policiers hongrois les emmènent ensuite pour les enregistrer et prendre leurs empreintes digitales. Ils  sont transférés dans des camps inaccessibles à la presse et considérés comme sordides par des ONG. Mais les deux camps de tentes installés récemment à Röszke près de l'autoroute paraissent vides. Où sont donc emmenés les migrants ? Quel sera leur sort dès mardi lorsque leur séjour sera à ce moment-là considéré comme un délit punissable de prison ?

En attendant, les passeurs s'en donnent à coeur joie. Des personnages aux mines patibulaires sont rassemblés à la station d'essence Agip à la sortie de l'autoroute en direction de Röszke. Tout à coup une dizaine de migrants sont emmenés rapidement dans deux voitures. A cinq cent mètres à peine du camp surveillé par une centaine de policiers. Impossible de ne pas les voir...

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