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Publié le 22 avril 2015 à 18:52 dans Actualité

Melike
Melike Günal: Arménienne et Kurde

Diyarbakir, Turquie. A Diyarbakir, la grande ville du sud-est anatolien, un tiers des habitants étaient arméniens avant le génocide de 1915. Aujourd'hui on les compte sur les doigts d'une seule main. "Je ne sais absolument pas ce qu'est devenue ma famille à l'époque", explique avec émotion Melike Günal, une jeune femme d'origine arménienne qui travaille comme guide pour les quelques touristes venus visiter la ville. Elle-même avait très tôt com pris que sa famille musulmane avait des racines arméniennes: des survivants du génocide qui ont pu échapper aux terribles marches de la mort dans le désert et aux exécutions massives. Il y a quinze ans, elle décide de franchir le pas et se convertit à la foi chrétienne tout en revendiquant une double identité kurde et arménienne.

 

Elle nous emmène d'abord sur les remparts qui dominent l'ancienne forteresse château: "C'était une des prisons, là où de nombreux Arméniens ont été exécutés en 1915. Peut-être que certains de mes ancêtres étaient parmi eux". Dans ce pèlerinage des lieux de mémoire du génocide arménien, nous allons ensuite sur le Pont aux Dix Arches, un peu à l'écart de la ville. Le Tigre est majestueux. A cet endroit, des centaines de notables arméniens qui avaient été embarqués sur des radeaux ont été noyés ou égorgés. Melike jette une fleur avec émotion dans les eaux tourbillonnantes .

 

Sarkis
"Le dernier Arménien de Diyarbakir"

Ensuite elle nous fait faire connaissance de celui qu'elle appelle "le dernier des Mohicans ou le dernier Arménien de Diyarbakir. Sarkis Eken est un vieux Monsieur digne de 85 ans hébergé dans la paroisse syriaque de la ville. Il est donc né 15 ans après le génocide. Sa famille a pu échapper en se réfugiant dans des  villages de musulmans chiites alévis qui les ont cachés. "Que Dieu ne laisse pas impunis ceux qui nous ont anéantis", nous dit-il amer. " S'ils ne nous avaient pas massacrés, la moitié de la Turquie serait arménienne… Ca fait 100 ans… un million et demi de morts!", ajoute-t-il.

 

Ouverture kurde
Le temps passant et les plaies du passé relativement cicatrisées, il a pu revenir en ville. Avec l'ouverture politique de ces dernières années et l'accès à la tête des municipalités par des Kurdes, un nouveau vent a soufflé sur le souvenir de la tragédie arménienne. Les autorités locales reconnaissent le génocide ainsi que la responsabilité des Kurdes qui bien souvent ont été les exécutants des massacres. Les Kurdes ayant eux-même souffert de la politique nationaliste turque, ils ont ressenti dans leur chaire la souffrance arménienne.

 

Shehmur Diken est un écrivain kurde passionné par l'histoire de sa ville au passé multiculturel. Il est confiant quant à l'avenir. "La société civile avance toujours plus vite que les autorités nationales, dit-il. La reconnaissante du passé viendra aussi". 

 

Contexte historique du génocide
C'est que l'histoire de l'empire ottoman et des débuts de la république des Jeunes Turcs est lourde à assumer. Jamais bien sûr le génocide ne pourra être justifié mais il s'inscrit dans un contexte historique précis. La nouvelle Turquie est aux abois. Elle a perdu les Balkans et d'autres territoires soutenus par les grandes puissances "chrétiennes": France, Grande Bretagne et Russie. Les Arméniens et les Assyro-chaldéens sont considérés comme une 5è colonne chrétienne au sein des reliquats de l'empire. Un des idéologues du génocide, le Dr Mehmet Reshid, gouverneur de Diyarbakir, le dira clairement : "lorsqu'un corps malade est menacé, il faut exterminer ses microbes".

 

La victimisation de la Turquie est une notion qui existe encore aujourd'hui dans certains milieux nationalistes et elle est reprise pare le gouvernement Erdogan. Les négationnistes devraient comprendre un jour que le concept juridique de "génocide" crée en 1943 par le juriste Raphael Lemkin a entre autre pour bout justement d'éviter une poursuite de tragédies. En mettant sous le coup de la loi les responsables des massacres, ils sont jugés et condamnés, même par contumace. C'est le seul moyen de pouvoir tourner la page et éviter une répétition interminable de vendettas ethnico-religieuses comme en connaît tant le Moyen-Orient. Inch Allah: même les Arméniens de Turquie utilisent cette expression.

 

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