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Publié le 17 mars 2015 à 11:03 dans Actualité , Russie

Tatars6Bakhtchisaray, Crimée. Trois cent mille Tatars vivent en Crimée:  c'est 14% de la population de la presqu'île. Ils pratiquent un Islam tolérant: leurs villages sont entourés de vignes et une cave à vin offre ses produits aux touristes en face de la grande mosquée de Bakhtchisaray ! En 1944 Staline a accusé les Tatars de Crimée de collaboration avec les Allemands et les a tous déportés en Asie centrale. Des milliers sont morts en route. A la fin de l'URSS, les Tatars sont revenus sur leurs terres, devenues alors l'Ukraine. Ils gardent de la Russie une grande méfiance et ont boycotté le référendum organisé par Moscou sous la pression des armes il y a un an pour s'unir à la Fédération de Russie.

 

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Marché de Bakhtchisaray

Les Tatars de Crimée bénéficiaient d'une aide internationale à la réinstallation qui s'est terminée avec les événements de l'an dernier. Autour d'un plow (riz au mouton) un entrepreneur qui était un des partenaires de la Coopération technique suisse il y a quelques années,  nous confie ses craintes: "L'Ukraine n'a pas toujours été très favorable aux Tatars de Crimée mais nous nous étions habitués à ce pays plus libre."

 




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Ilmi Oumerov, ex-premier ministre de Crimée

Depuis un an la plupart des dirigeants tatars ont dû s'exiler ou sont emprisonnés. Ilmi Oumerov est un ancien premier ministre de Crimée. Il est une des rares personnalités tatars à oser s'exprimer:  "Le régime actuel est un système policier de contrôle total par l'état. Une opinion différente est impossible. Toute critique est considérée comme une action subversive. On peut être condamné à une peine jusqu'à cinq ans de prison."


 

 

Plusieurs Tatars se sont vus à nouveau confisquer leurs terres par le pouvoir russe sous divers prétextes. Et au moins sept personnes ont disparu parce qu'elles ou leurs proches militaient contre l'annexion.

Dans un village des environs de Bakhtchisaray, l'homme que nous rencontrons a de la peine à masquer la douleur qu'exprime son visage ridé. Il nous montre la chambre de son fils, enlevé par des hommes en uniforme le 27 septembre, à l'âge de 18 ans. Sur le bureau, quelques médailles de concours de lutte. "Mon fils venait de finir le lycée et voulait faire la médecine" , explique-t-il.


L'attitude des enquêteurs de la police est étrange. Ils ont détruit le disque dur de l'ordinateur du fils disparu. Et ils ont expliqué au père éploré qu'il est responsable de la disparition de son fils en raison de sa participation à un mouvement politique tatar. "Ils veulent insuffler la peur à tout le monde, la peur et le désarroi… Mais j'espère que mon fils soit encore vivant. C'est devenu le sens de ma vie", nous dit-il en retenant ses larmes.


Atr2La télévision tatar ATR est aussi la cible du nouveau pouvoir russe. Comme le 26 janvier dernier, lorsque les services de sécurité et des commandos masqués viennent chercher des images d'une manifestation qui se trouvaient de toutes façons sur internet. Sans ménagement un policier en veste de cuir noir se met devant la caméra pendant l'enregistrement d'une interview.




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Shevket Memetov, Directeur de la chaîne ATR

Le directeur et co-fondateur de la chaîne, Shevket Memetov, est à la fois énergique et tragiquement réaliste:  "On ne peut plus parler de l'Ukraine ou de ce qui se passe en Ukraine, ni des leaders de l'Ukraine, ni de nos leaders à nous. Mais nous montrons la vie de notre communauté, sa réalité et l'état de notre société." La situation de la chaîne est pourtant fragile. Elle peut être interdite à tout moment: " Nous avons peur de tout. Je ne peux pas vous dire ce qui va se passer demain… Vous pouvez, vous ? … Moi non plus !", explique Shevket Memetov sur un ton énigmatique.


Malgré les promesses de Moscou, les craintes des Tatars de Crimée semblent se justifier. 10 à 20'000 d'entre eux, surtout des jeunes, ont déjà choisi de s'exiler.

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