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Publié le 30 janvier 2015 à 18:50 dans Actualité , Portugal

Lisbonne, Portugal. Le Portugal est à genou. La situation  n'est peut-être pas aussi catastrophique qu'en Grèce mais la désillusion est la même après cinq ans de cure d'austérité. "C'est impossible de continuer comme ça. On paie ou on ne paie pas la dette, les intérêts augmentent, la dette est toujours plus élevée, notre déficit est toujours plus haut. Finalement les Portugais se demandent à quoi ont servi leurs sacrifices", s'exclame Manuela Magno, une des chevilles ouvrières du parti "Juntos Podemos" ("Ensemble nous y arriverons"), influencé par le modèle presque homonyme espagnol. Et le résultat du parti Syriza aux récentes élections grecques commence à ouvrir des perspectives nouvelles ici aussi.

Juntos Podemos1
Militants de Juntos Podemos

Les différents gouvernements de gauche et de droite qui se sont succédés au pouvoir depuis le début de la crise ont toujours cherché à être le bon élève des institutions financières européennes et internationales. Le coût social et humain a été élevé. Plus de 300'000 Portugais ont émigré, dont environ 50'000 vers la Suisse. Ceux qui sont restés au pays et qui ne font pas partie des 13,4 % de chômeurs ont le plus souvent vu leur salaire ou leur pension baisser fortement. Les services de santé se sont dégradés à un niveau inimaginable en Europe. Le nombre d'enseignants a été fortement réduit. Malgré la solidarité familiale, des Portugais souffrent de la faim ou doivent s'éclairer à la bougie, faute de pouvoir payer leur facture d'électricité.

Promesses non tenues
La plupart des améliorations de l'économie qui devaient accompagner les mesures d'austérité sont restées lettre morte. Les structures profondes de l'économie portugaises n'ont pas changé. Les deux secteurs les plus importants en terme d'emploi sont toujours la fonction publique et l'industrie textile qui récupère d'ailleurs une vigueur bienvenue dans le nord du pays. Sinon c'est la déprime générale.

La peur au ventre
Mais le plus lancinant peut-être est ce sentiment de menace sur les conditions de vie. Au hasard d'une rencontre, un Portugais entre deux âges me dit: "Nous vivons dans une insécurité permanente et nous avons peur." Et fort est de constater que pour la première fois au Portugal j'ai de la peine à recueillir des témoignages face à la caméra. Une femme qui explique le drame de son mari hospitalisé dans des conditions médicales dramatiques refuse d'être enregistrée: " on risque d'en subir les conséquences", dit-elle.

Podemos2
Collecte de signatures

Plusieurs étudiants qui signent le formulaire permettant au mouvement "Juntos Podemos" de s'inscrire comme parti pour les élections législatives de cet automne, refusent également de s'exprimer, visiblement gênés. Pourtant malgré toutes les difficultés actuelles on est loin d'un retour à l'état répressif de l'ère Salazar. L'angoisse est plutôt celle d'une population dont les conditions de travail précaires sont devenues la règle, avec la crainte permanente de perdre son emploi.

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