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Publié le 10 décembre 2014 à 02:28 dans Actualité , Brésil

Favelapan
Rio de Janeiro, Brésil.
Des tirs de mitraillette puis des coups de feu isolés résonnent au loin dans la nuit du quartier chic d'Ipanema à Rio de Janeiro. Probablement un affrontement entre bandes rivales dans la favela voisine de Cantagalo.

 

AlemaoPromenade dans le "teleférico", cet extraordinaire télécabine français qui dessert les différentes favelas du Complexo do Alemão. Sheila qui tente d'animer avec difficulté une radio communautaire n'a pas l'humeur optimiste: "Au début de la pacification, c'était merveilleux mais maintenant le "teleférico" doit être arrêté régulièrement lorsque les trafiquants tirent sur les cabines quand ils sont fâchés !"

 

Fgavela4Les gangs de Rio avaient été surpris par la rapidité de la récupération par la police d'une trentaine de favelas (sur un millier) en six ans. Maintenant ils se sont ressaisis. Les factions rivales semblent avoir conclu un accord en coulisses pour soutenir les candidats locaux des dernières élections qui semblaient plus tolérants à leur égard. Et maintenant ils récupèrent le terrain. Comme dans la favela de Turano près du quartier de Laranjeiras. L'Unité de police pacificatrice (UPP) est en bas mais deux rues plus haut commence le territoire reconquis par les trafiquants. Leurs armes sont moins visibles qu'avant mais les vendeurs de drogue des "bocas de fumo" sont là pour répondre aux demandes des clients. Du coup les employés de la compagnie électrique ne peuvent plus venir effectuer des réparations. Les trafiquants ne les laissent pas monter car ils les soupçonnent d’être des policiers déguisés.

 

Stratégie d'intimidation
Favela3Même scénario au Morro dos Prazeres. La favela est plutôt tranquille mais elle est à nouveau contrôlée par deux gangs, chacun avec sa "boca de fumo". Les policiers de l'UPP restent en bas. On ne peut pas le leur reprocher: 197 ont été victimes d'attaques à Rio en 2014 dont 106 sont morts. Le plus étrange c'est que la plupart des attentats ont visé les policiers alors qu'ils étaient en congé. Il y a là une stratégie d'intimidation très étudiée. Et elle porte ses fruits: les policiers se déplacent de moins en moins dans les favelas et quand ils le font, ils ont le doigt sur la gâchette. Les bavures se multiplient et la population les considèrent à nouveau comme des intrus auxquels elle ne fait plus confiance. La lune de miel est terminée. Les favelas ont la gueule de bois.

 

Favela1Pourtant les efforts des autorités se poursuivent et ils sont indispensables. Trois milliards de Reais (1,2 milliard de francs suisses) devraient être investis prochainement dans cinq favelas pour de grands travaux d'infrastructures: égouts, eau, rues, poubelles, etc. Une nécessité dans des quartiers où s'amoncellent toujours des tonnes d'ordures qui maintiennent des conditions d'hygiène souvent infra-humaines, comme en bas de la favela de Jacarezinho.

 

 

 

Avec mon ex-collègue Jean-Jacques Fontaine résidant à Rio de Janeiro, nous donnons deux fois par année depuis 2008 des cours de base de journalisme dans des radios communautaires du Brésil. Un important volet de ce projet géré par l'ONG suisse Jequitibá se déroule dans des radios des favelas de Rio de Janeiro.

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