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Publié le 23 janvier 2014 à 21:22 dans Actualité , Russie , Sports

Sotchi1Sotchi, Russie. Disons-le tout de suite, je suis arrivé  Sotchi avec des idées plutôt négatives en tête. Comme toujours, la réalité sur place est différente, soit plus grave, soit moins, mais toujours autre. C'est le charme du métier de journaliste. On a beaucoup glosé sur le fait d'organiser des Jeux Olympiques d'hiver dans une station d'été. Mais en fait, on est à peu près dans le même cas de figure que les jeux de Turin en 2006, qui n'était a priori pas une station de ski ! Et tous comptes faits la situation de Sotchi se prête plutôt bien à la logistique de ce sport-spectacle que sont les JO. La ville, selon les standards russes, est plutôt agréable et elle dispose d'une infrastructure hôtelière importante héritée de la période soviétique mais passablement remise au goût du jour.


Sotchi est à moins d'une heure des stations de ski de Krasnaïa Polyana et Rosa Khutor, par la route ou le train. Certes ce sont des montagnes de basse altitude dans un climat tempéré mais on se trouve dans le même type d'environnement que des stations françaises des Hautes Alpes comme Serre-Chevalier. Et la neige, même un peu lourde, est au rendez-vous sans enneigement artificiel.

Les exemples de Davos ou Zermatt
La construction d'une voie ferrée de 42 km entre Sotchi et les stations de ski avec des gares modernes peut difficilement être critiquée quand on vient de Suisse. Le tourisme de montagne est né dans notre pays grâce au chemin de fer. Davos ou Zermatt en sont les meilleurs exemples. Par contre la construction d'une autoroute parallèle au train ne se justifiait absolument pas. Il existait déjà une bonne route entre Sotchi et Krasnaïa Polyana. Quelques aménagements auraient été suffisants.

D'une manière générale, la plupart des habitants de Sotchi que j'ai rencontrés me disaient que sans les JO, la modernisation des infrastructures de leur ville aurait pris 50 ans. Ils sont donc plutôt contents, à part les militants écologistes et les personnes, trop nombreuses malheureusement, dont la vie quotidienne s'est transformée en un cauchemar à cause des travaux.

Et c'est là que le bât blesse. Comme toujours en Russie, sous l'empire, l'URSS ou le régime musclé actuel, l'individu ne compte pas. Il est écrasé sous la machine des plans quinquennaux en tous genres décidés au Kremlin. Lorsque le citoyen russe s'adresse à un tribunal, même si on lui donne gain de cause, rien ne se passe: il est transparent pour l'état.

Sotchi3On peut ajouter encore à ce tableau que l'agrandissement de Krasnaïa Polyana et la création de toute pièce de la station de Rosa Khutor sont les contre-exemples d'un urbanisme durable. Il aurait été possible de s'inspirer de l'architecture traditionnelle russe en bois et l'interpréter en la modernisant pour créer des villages de montagne. Au lieu de cela, c'est le règne du béton avec des immeubles de six à huit étages dans un style impérial kitch "nouveaux riches". L'impact sur l'environnement de ces stations n'est pas si terrible. On a fait pire dans les Alpes ! Par contre le gâchis visuel est navrant.

L'autre point négatif est l'utilisation réelle des fonds dépensés pour les JO et pour les infrastructures construites à cette occasion. On évoque 51 milliards de dollars. Différentes ONG calculent qu'un quart à un tiers de cette somme est parti dans des poches diverses. Les sommets de la corruption ont été atteints.

 

Système policier
Sotchi2Enfin, la constatation la plus grave peut-être que j'ai pu faire sur place à Sotchi, c'est la pérennité d'un système policier stalinien. Personnellement je ne peux pas me plaindre. Je n'ai jamais été contrôlé et j'ai pu me déplacer et filmer partout, sauf à l'intérieur des sites olympiques et des télécabines, ce qui n'était de toutes façons pas le but des reportages. Par contre le harcèlement permanent des militants écologistes, plutôt modérés, est une absurdité totale. Ils reçoivent des coups de fil souvent quotidiens du FSB qui les rappelle à l'ordre en leur reprochant de ne pas être des patriotes puisqu'ils discutent avec des journalistes étrangers. La Russie qui est parvenue en un temps record à effectuer une gigantesque transition sociale et économique conserve les réflexes épidermiques d'une époque pourtant bien révolue.

 

    

 

 

 

 

 

 

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