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Publié le 25 novembre 2013 à 02:10 dans Actualité , Brésil

Ipanema1smallRio de Janeiro, Brésil. En exagérant  à peine, on pouvait dire ce week end qu’il y avait plus de policiers que de baigneurs sur la plage d’Ipanema à Rio de Janeiro. Une opération de relations publiques à la limite du délire pour faire oublier les agressions en groupe commises mercredi au bout de la plage, vers les rochers de l’Arpoador toujours très fréquentés par les baigneurs, les surfeurs et les touristes.

 

 

Ipanema2smallPlus de 600 policiers, hommes et femmes, de l’état et de la municipalité de Rio ont été postés sur les plages cariocas, essentiellement celle d’Ipanema. Ils ont déambulé en groupes pendant deux jours sous un petit crachin tropical. Ils avaient revêtu pour l’occasion des tenues légères et bavardaient allégrement ou avaient le nez plongé dans leur smartphone. La concentration des forces de l’ordre, appuyées de nombreux véhicules et de quelques quads donnaient une atmosphère étrange d’état de siège totalement incongrue au milieu des habituels éphèbes et des filles en tanga.

 

Bagarres de plage
Ipanema3smallMercredi dernier une trentaine de jeunes âgés de 10 à 20 ans sont descendus en bandes des favelas pour agresser, à mains nues heureusement, les baigneurs. Certaines victimes ont dû se jeter à l’eau pour leur échapper alors que d’autres se défendaient à coup de chaises longues et de parasols. Des scènes tragicomiques filmées par des amateurs que les chaînes de Globo ont passé en  boucle dans leurs éditions du soir.

 

Tout cela ne serait qu’un banal fait divers de l’Amérique latine si ces événements ne se déroulaient dans un contexte politique tendu qui voit le gouverneur de l’état de Rio de Janeiro Sérgio Cabral sur la défensive et en chute de popularité. L’homme qui avait été réélu il y a quatre ans avec 70% des suffrages et qu’on entrevoyait un jour dans le palais présidentiel du Planalto à Brasilia doit maintenant lutter contre une campagne de discrédit qui l’attaque de toutes parts: depuis une malheureuse fête un peu trop arrosée lors d’un voyage à Paris jusqu’à la remise en question de la politique de « pacification » des favelas qui a permis de réintégrer dans l’état de droit des territoires sous le contrôle sauvage des trafiquants de drogue pendant vingt ans.

 
En plus, la déplorable et récente bavure de l’Unité de police pacificatrice (UPP) de la favela de la Rocinha qui a abouti à la mort sous interrogatoire musclé d’Amarildo, un informateur des trafiquants, a ébranlé l’enthousiasme initial du projet. Et la mauvaise gestion des manifestations de juin par le gouverneur et la police de l’état a également fait plonger sa popularité.

 

Le retour de Garotinho
Du coup, son poulain à sa succession aux élections d’octobre 2014, l’actuel vice-gouverneur Luiz Fernando Pezão, sent venir la menace de Anthony Garotinho, l’homme qui a permis la montée en puissance des gangs lorsqu’il était à la tête de l’état, de 1999 à 2002. Privé en principe de ses droits civiques en raison de condamnations pour participation à des groupes maffieux, le personnage et sa femme Rosinha sont les archétypes des politiciens véreux du Brésil prêts à toutes les compromissions pour rester au pouvoir.


D’après les informations qui circulent dans les favelas pas encore « pacifiées », il semble que les chefs du trafic agissent en coulisses à coups de distributions de bicyclettes et autres cadeaux pour faire revenir au pouvoir, sinon Garotinho lui-même, tout au mois l’un de ses hommes de paille. Cela signifierait un coup d’arrêt  gravissime dans la récupération des favelas et la lutte contre la criminalité.

 

La « pacification » des favelas de Rio, malgré toutes les critiques qu’on peut leur apposer, a pu se faire en un temps record et finalement sans difficultés. Ce processus doit inexorablement se poursuivre jusqu’au bout, indépendamment des échéances sportives de la Coupe du monde de football de 2014 ou des Jeux Olympiques de 2016. Un retour à des pratiques politiques anciennes et corrompues à Rio de Janeiro serait une catastrophe pour le Brésil entier.

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