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Publié le 18 juin 2013 à 16:01 dans Actualité , Brésil

Santarém, état du Pará, Brésil. "Le géant s'est réveillé", un des tags de Twitter (voir liste ci-dessous) sur les manifestations qui secouent le Brésil depuis le 17 juin 2013 résume bien la situation. Après une douzaine d'années de croissance dont a bénéficié toute la société, les Brésiliens font maintenant le bilan. Ils regardent ce qui a fonctionné et ce qui a échappé au changement: transports publics, santé, éducation, lutte contre la corruption.

 

 

La mobilisation qui a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes dans une vingtaine de villes du Brésil est à plus d'un titre impressionnante. D'abord elle s'est déroulée en dehors des partis politiques qui n'ont au Brésil qu'un rôle électoral momentané. Les partis de tout l'éventail politique n'ont que très peu de base idéologique et celle-ci peut souvent varier passablement d'un état à l'autre. Il s'agit plutôt de regroupements d'intérêts au niveau d'une ville ou d'un état et surtout d'un appui à tel ou tel politicien avec tout le risque du dérapage clientèliste classique.

 

Pied de nez au futebol
Impressionnant de voir aussi que dans ce pays où le futebol et le carnaval font office d'opium du peuple depuis des décennies, des milliers de Brésiliens ont voulu faire un pied de nez à l'institution du ballon rond juste au moment de la Coupe des Confédérations qui se veut une répétition générale de la Coupe du Monde de 2014.

 

Et il est intéressant de constater que les médias sociaux n'ont eu qu'un rôle marginal dans l'organisation des manifestations. Sur Twitter, l'immense majorité des notes est en anglais et provient de Brésiliens vivant à l'étranger. Il est vrai que le Brésil n'est pas une dictature. Contrairement aux pays du Printemps Arabe, le recours à l'anonymat des médias sociaux n'est pas une nécessité.

 

Le feu sous la cendre
Le feu couvait sous la cendre et la hausse des tarifs de bus a été l'étincelle pour le faire démarrer. Car depuis l'an dernier, l'embellie de la sixième économie mondiale a commencé à tousser: crise mondiale, faible productivité des entreprises, chèreté de la devise, le Real brésilien, chèreté du crédit aux entreprises, bureaucratie toujours aussi inefficace ont remis sur terre les pieds de nombreux Brésiliens. Et même si des millions de personnes ont pu sortir de la pauvreté grâce à une politique de redistribution des richesses et d'accélération de la croissance exemplaire en Amérique latine, le Brésil reste un pays foncièrement inégalitaire: les pauvres sont certes moins pauvres mais les riches sont toujours plus riches.

 

Pas de démocratie de proximité
Et peut-être l'élément le plus déterminant, quoique peu exprimé par les manifestants, est l'absence totale de démocratie de proximité dans un pays de dimension continentale où les décisions sont prises à Brasilia et dans les capitales régionales sans aucune consultation des populations concernées. En ce sens la construction ou la rénovation des douze stades de la Coupe du Monde est un exemple parfait. Que ce soit pour le Maracanã à Rio de Janeiro ou ailleurs, les bétonneuses ont écrasé les habitants sans broncher. La même situation est constatée dans d'autres domaines, comme les barrages projetés ou déjà en construction en Amazonie (Belo Monte, Tapajós, etc), les parcs éoliens sur la côte du Nordeste, la déviation du fleuve São Francisco, etc. Les gens se sentent exclus du processus de décision.

 

C'est d'autant plus regrettable que le Brésil a besoin d'une reconnaissance internationale que la Coupe du Monde et les Jeux Olypiques peuvent lui apporter, qu'on aime ou pas ce genre de méga-événements sportifs et financiers. Et le Brésil a besoin de plus d'électricité pour son développement. Mais il pourrait parvenir à la réalisation de ces projets avec plus de consultation populaire. Si elle ne s'en rend pas compte à temps, la présidente Dilma risque d'en faire les frais lors de l'élection présidentielle de 2014.

 

Globo: lamentable !
Ici où je me trouve, à Santarém, dans le sud du Pará, personne n'est descendu dans les rues de cette petite ville amazonienne peu politisée et écrasée par la chaleur et la montée des eaux de la rivière Tapajós. Dès demain je retrouve Jean-Jacques Fontaine (ex-RTS) pour une nouvelle session de cours de journalisme (ONG Jequitibá) dans des radios communautaires de villages perdus le long des rivières. Je suis curieux de voir comment les habitants, essentiellement des métisses caboclos, vont analyser le mouvement de contestation urbain actuel. Il est à craindre qu'ils ne soient très influencés par la couverture télévisée totalement scandaleuse de l'omniprésente Globo. Les diverses chaînes du groupe ont réussi le prodige de diffuser des heures de vues aériennes de manifestations, entrecoupées de gros plans en boucle sur les quelques scènes de violence protagonisées par des groupuscules irresponsables, sans passer une seule véritable interview d'un seul manifestant !

 

Les principaux tags de Twitter sur les manifestations du Brésil: #vemprarua, #vempraruabrasil, #BrasilAcordou, #ogiganteacordou, #acordaBrasil, #changeBrazil, #mudabrasil, #GritaSemTerMedoBrasil, #vinagre

 

Les principaux sites de Facebook: Brasilacordou, Passe Livre


Commentaires

Merci pour toutes ces infos et bon séjour A+B

Rédigé par : THEUBET | 18 juin 2013 20:25:27

Merci pour toutes ces infos et bon séjour A+B

Rédigé par : THEUBET | 18 juin 2013 20:25:28

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