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Publié le 04 mai 2011 à 23:03

Elne, région de Perpignan, France. Lors de la Retirada, un demi-million de civils espagnols fuient le franquisme vers la France en 1939. Les réfugiés sont parquElisabethés dans des camps insalubres sur les plages françaises. Dans cette horreur, apparaît une jeune femme suisse allemande, Elisabeth Eidenbenz. Avec une équipe de compatriotes bénévoles, elle ouvre une maternité dans un château abandonné à Elne, près de Perpignan. Je suis parti sur les traces de cette femme hors du commun. Un road movie de 2'000 km : Genève-Zurich-Gap-Alès-Perpignan. Une histoire  en pleine actualité avec le scandale des bébés espagnols volés à des familles républicaine pendant le franquisme : ceux qui n’ont pas eu la chance de naître dans la Maternité suisse d’Elisabeth Eidenbenz.

Fréquemment les écoliers de la région de Perpignan viennent en visite ici, dans ce qui était la Maternité suisse d’Elne, au lendemain de la guerre civile espagnole. Sa fondatrice, une institutrice suisse allemande de 24 ans, Elisabeth Eidenbenz, est presque une figure mythique mais à l’époque, son action était bien concrète.

Camion Face à l’avance des troupes franquistes, un demi million de civils espagnols aux convictions républicaines fuient en 1939 vers la France. Pour les secourir, Elisabeth Eidenbenz et de nombreux Suisses s’engagent dans l’Aide suisse aux enfants d’Espagne. Ils sont proches des églises et des mouvements pacifistes. Les camions à la Croix Blanche sillonnent la Catalogne avec des vivres et des médicaments.

Des camps insalubres
En France, le gouvernement parque les réfugiés espagnols dans des camps sur les plages. Sous-alimentés, sans hygiène, face au vent, les adultes et surtout les bébés meurent comme des mouches. Ramon Oliva est  né à ce moment-là. « Pour les autorités françaises, nous n’existions pas », explique-t-il aux jeunes élèves dans l’ancienne maternité transformée en musée.

Bebe Elisabeth Eidenbenz retrouve le flot de réfugiés en France. Elle obtient l’autorisation de transformer une demeure abandonnée en maternité pour les mères espagnoles. De Suisse, l’argent des collectes afflue. Bientôt la Croix-Rouge suisse reprend à sa charge la maternité d’Elne. Six cents bébés naissent ici et échappent à une mort certaine.

Le paradis
La mère de Ramon, Remedios Oliva, avait fui l’Espagne avec toute sa famille. Elle vit aujourd’hui à Gap dans le sud de la France. Elle se souvient bien de son accouchement à la maternité suisse d’Elne : « C’était le paradis. Mais bien sûr nous pensions à nos proches restés dans les camps. »

Meres Elisabeth Eidenbenz est aujourd’hui un vieille dame digne qui vit à Zurich. « Les mères n’avaient pas d’autre endroit où aller », nous explique-t-elle en toute modestie dans sa maison de retraite. Un fonctionnaire international retraité de Genève, Guy Eckstein, lui rend souvent visite. Lui aussi est né à la maternité d’Elne, en 1940. Car Elisabeth Eidenbenz a également caché des mères juives et leur famille sous le régime de Pétain. Malgré les ordres de la Croix-Rouge suisse qui lui demandait de respecter les loi raciales de Vichy. Elisabeth Eidenbenz a sauvé au moins deux cents enfants juifs. « Elle a su désobéir aux ordres », explique Guy Eckstein.

Inconnue en Suisse
Elisabeth Eidenbenz a été décorée en France, en Espagne, en Israël, mais en Suisse elle est une inconnue. A part une exposition au Musée de la Croix-Rouge à Genève en 2009 et récemment à Zurich, Elisabeth Eidenbenz n’a jamais reçu le moindre honneur en Suisse. Après la guerre la Croix-Rouge refuse même de la réengager, lui faisant probablement payer ainsi sa désobéissance civile.

Quant au bâtiment de la maternité, il faut la volonté du Maire d’Elne, Nicolas Garcia, pour en faire un lieu de mémoire avec un projet de centre d’accueil pour des mères en difficulté afin de poursuivre de nos jours la tâche d’Elisabeth Eidenbenz.

Photos tirées de Femmes en exil, mères des camps. Elisabeth Eidenbenz et la Maternité suisse d'Elne (1939-1944), Tristan Castanier i Palau,  Ed. Trabucaire, Canet, 2008

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