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Publié le 29 mai 2010 à 16:54 dans Migrations

Pristina, Kosovo 


La Suisse a été un des premiers pays à réclamer l’indépendance du Kosovo. Aujourd’hui, deux ans après la création du nouvel état, elle le laisse tomber. Le Kosovo est le seul pays de l’ex-Yougoslavie pour lequel l’ancien accord sur le versement à l’étranger des rentes AVS/AI/allocations familiales a été abrogé. Ici à Pristina ou Ferizaj, on est amer à l’égard d’un pays pour lequel on continue malgré tout de ressentir une attache très forte.

Le Ministre du Travail et des Affaires sociales, Nenad Rašić, un Serbe du Kosovo, a lui aussi un sourire triste lorsqu’il nous explique n’avoir jamais reçu d’information officielle sur cette décision de l’Office fédéral des assurances sociales. L’OFAS affirme de son côté avoir envoyé aux autorités de Pristina deux lettres à ce sujet restées sans réponse. « J’aimerais bien voir à quelle adresse elles ont été expédiées, nous dit le ministre, car ni moi ni personne de mon cabinet ne les avons jamais reçues ! » Il est vrai que l’état kosovar est embryonnaire et désorganisé, mais ce n’est pas une raison de le traiter comme une république bananière. Une rencontre officielle entre les ministres des deux pays aurait permis de gérer cette crise avec plus de doigté. D’ailleurs Nenad Rašić n’est pas difficile, il se dit prêt à rencontrer « qui que ce soit » pour régler cette affaire au plus vite.

Un nombre dérisoire
Le nombre de bénéficiaires des assurance sociales suisses vivant au Kosovo est dérisoire : 90 rentiers AI, un peu plus de 300 AVS et un nombre impossible à connaître d’enfants touchant les allocations familiales parce que leur père travaille en Suisse. Agim est cuisinier à Genève où il vit depuis 16 ans. Avec son salaire net de 3'300 frs, les allocations familiales pour ses trois enfants mineurs ou aux études restés au Kosovo lui rapportaient 700 francs absolument indispensables.

La fin des rêves
Dans leur petit village du Kosovo près de Ferizaj, sa femme, ses enfants, une sœur et une grand-mère survivent grâce à lui. La maison traditionnelle autour d’un patio est coquette et bien entretenue. Mais la fin des allocations suisses depuis le 1er avril dernier a détruit bien des rêves. Vota, une grande fille blonde de 18 ans termine son école secondaire. Elle pensait s’inscrire cet automne en faculté de médecine mais maintenant rien n’est mois sûr : « A quoi ça sert d’avoir fait quatre ans de lycée si ce n’est pas pour continuer des études ensuite », nous dit-elle.

Fils Rinor, l’aîné, s’occupe péniblement du lopin de terre familial : un peu de blé et de maïs. Il n’a qu’un motoculteur poussif. Son rêve d’un tracteur à 15'000 francs s’est évanoui. « Moi je ne peux pas émigrer car je dois m’occuper de la maison, des champs et des grands-parents mais peut-être que mes frères et sœurs partiront. »

Difficulté de vérification
L’OSAR justifie sa décision par la difficulté de vérifier les destinataires réels des rentes versées au Kosovo. Jusqu’au recensement prévu l’an prochain, il n’y a en effet toujours pas de registre de la population. Mais le Ministre Rašić ne comprend pas cette argumentation : « Il est très facile de vérifier qui vient toucher un chèque à la banque, nous sommes à l’époque des e-mails et des téléphones ! »

Pour aider à renouer le dialogue sur cette question entre les autorités suisses et kosovares, une délégation des syndicats suisses SIT et UNiA, accompagnée du Conseiller National écologiste genevois Ueli Leuenberger, s'est rendue à Pristina du 27 au 30 mai 2010.

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