Les blogs | Le blog de Massimo Lorenzi

Publié le 20 mars 2014 à 12:30 dans Sports

Le CIO et la FIFA ont en commun d’être plutôt rétifs à la critique. J’en ai fait l’expérience à Sotchi où, lors d’une discussion impromptue (hors caméra) avec deux membres du CIO, je leur fis courtoisement remarquer qu’une partie grandissante du public désapprouvait les excès du gigantisme olympique et certains relents d’affairisme « poutinien ». J’ajoutais que la folie des investissements consentis à Sotchi n’avait d’égal que la folie de construire des stades au milieu du désert au Qatar. Tout cela me semblant un tantinet absurde.

 

A peine avais-je osé émettre ces critiques, que mes deux éminents interlocuteurs m’enveloppèrent d’un regard agacé. Mes remarques leur étaient insupportables. En guise de réponse, ils m’assénèrent quelques phrases toujours commodes sur l’évidente mauvaise foi des journalistes, puis mirent fin à notre échange. Aucune discussion n’était plus possible.

 

Cette conversation ainsi interrompue confirmait une impression que beaucoup de journalistes ressentent. A savoir que les notables du CIO (comme ceux de la FIFA) ne semblent pas vivre dans le même monde que vous et moi. Le pouvoir, c’est notoire, vous déconnecte du réel, et ces notables donnent la sensation d’être dans une bulle, formant une caste confite dans ses certitudes et ses privilèges. Une caste où les personnes compétentes ne manquent certes pas, mais une caste qui, publiquement tout au moins, réfute non sans dédain des critiques qui demanderaient pourtant des réponses solides. Une caste qui s’exprime trop souvent par un discours formaté et prévisible. Une caste pour qui tout semble aller toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ainsi, à entendre certains pontes du CIO, les Jeux de Sotchi furent une « vraie réussite » ; et les critiques et polémiques relatives aux excès des « J.O. de Poutine » n’étaient que du bashing. « Circulez ! Il n’y a rien de plus à en dire…»

 

Pourtant, n’en déplaise à ces notables sûrs d’eux, nous sommes de plus en plus nombreux à nous interroger sur les valeurs réelles qui motivent les « propriétaires » du sport mondial quand ils prennent leurs décisions. On en arrive à croire que le cynisme est leur credo. Un cynisme sur lequel rien n’a de prise ; surtout pas les reportages journalistiques critiques et documentés. Le fait est que le CIO (pour la Russie), comme la FIFA (pour le Qatar), balaient systématiquement les reproches. A les croire, il n’y aurait donc eu ni magouille, ni corruption, ni abus, ni scandale, autour de la mise sur pied des Jeux de Sotchi. A les croire, le Mondial au Qatar a été attribué de manière correcte… Mais à qui peut-on faire avaler ça ? 

 

L’indécence que le public perçoit parfois dans certaines décisions du CIO et de la FIFA ne semble guère effleurer ceux qui dirigent ces deux multinationales. Tout cela ne serait donc in fine que du business. Un énorme business aux règles parfois troubles. Un business où le trafic d’influence n’est jamais loin. Un business où il est demandé au bon peuple et aux médias de rester sagement à leur place : devant la télé ou dans les stades…

 

Et à part ça ? Qu’en est-il d’un minimum d’autocritique ? Qu’en est-il de (re)mettre un peu plus de morale dans les affaires du sport ? L’esprit olympique s’en trouverait renforcé.

 

Nul ne conteste évidemment que la tâche du CIO et de la FIFA est ardue et que les critiques sont faciles, mais ce n’est pas faire injure à leurs responsables que de leur demander d’afficher d’avantage de préoccupations d’ordre éthique et davantage de transparence. De casser cette image de gens repliés sur leurs secrets.

 

Une hypothèse pour conclure. Si les dirigeants du CIO et la FIFA semblent indifférents aux critiques et à leur déficit d’image, c’est peut-être parce qu’ils savent pertinemment qu’ils sont les plus forts. Ils sont les plus forts, parce qu’au final le public, même s’il est parfois écoeuré par une certaine gestion des affaires du sport, finit toujours par oublier. Enivré par la beauté du geste sportif, par l’intensité des images et par les émotions que cela procure, nous finissons par nous désintéresser de tout le reste. Surtout quand le reste n’est pas beau à (sa)voir…

 

C’est une contradiction dans laquelle nous sommes tous empêtrés : celle d’aimer le sport, malgré les mauvaises odeurs qui viennent parfois des coulisses. Et malgré des décisions parfois absurdes de ceux qui en ont fait leur marchandise.

Publié le 16 novembre 2013 à 13:47 dans Sports

L’un monte, l’autre descend. L’un est sorti cette année d’une sorte de mépris poli, l’autre est (presque) entré dans une normalité navrante. Avec Wawrinka et Federer la Suisse est partagée entre admiration et amertume. Certains repères ont changé. Wawrinka forçant le respect et Federer si loin de son trône...

 

Federer à qui certains ne pardonnent d’ailleurs absolument rien. Comme si le voir commettre des erreurs, le voir souffrir puis perdre relevait de l’inacceptable. Comme si le génie qui a si longtemps illuminé son jeu aurait dû rester immaculé à jamais, figé dans le souvenir. Comme si, aujourd’hui cent fois plus qu’hier, une défaite de « Rodgeur » était toujours une défaite de trop. Comme si avoir été parfait et ne plus l’être était devenu son principal fardeau…

 

Il me semble qu’au-delà du tennis, si Federer suscite aujourd’hui une certaine tristesse c’est qu’il nous rappelle à sa manière - toujours extraordinairement élégante - qu’en sport comme dans la vie le provisoire qui est toujours de mise. Rien ne dure. Pas même Federer. Il incarne aujourd’hui la mélancolie du temps qui passe et qui n’épargne personne. La Suisse l’aimera de plus en plus comme un merveilleux souvenir...

 

Wawrinka, lui, est passé en quelques mois du statut de « bon joueur » à celui de star. Sa progression procure comme un très beau sentiment de justice et de soulagement: son travail, son obstination et sa confiance en lui ont fini par payer. Son jeu est remarquable, son talent ne se discute plus. Humble et volontaire, il est presque au sommet et n’a rien volé. Il ne lui reste plus qu’à effacer ce « presque » en gagnant un grand tournoi. Question de temps pour lui aussi.

 

Ainsi, par la nouvelle dimension qui est méritoirement la sienne, Stan console (un peu) le pays. Le nouveau Wawrinka est le baume qui atténue cette pointe de mélancolie amère que dégage Federer. Qui aurait imaginé ça il y a un an ? Consolation oui, comparaison non. Car ces deux athlètes n’ont pas grand chose en commun, sinon leur passeport. Alors, Messieurs, cette Coupe Davis, ce sera pour quand ?  Votre pays l’attend.

Publié le 14 octobre 2013 à 16:57 dans Sports

Les notables de la FIFA n’auraient donc rien vu venir. Rien de rien ! On ose à peine le croire, tant ça paraît inimaginable. Tant d'amateurisme frise le pathétique. 

 

A la FIFA - où manifestement les lacunes en géographie sont criantes - on ne mesure donc qu’aujourd’hui ce qu’une Coupe du Monde de foot au Qatar va impliquer comme dommages collatéraux, et ce qu'elle que soit la saison fixée pour ce happening. A la FIFA, on réalise (enfin) que le sable, le désert et le soleil de plomb ne sont pas des ingrédients qui valoriseront de manière optimale le sport dit « roi ». Du coup, le roi fatigué Sepp Blatter (oui, toujours lui) s’ensable dans une dune de contradictions, sans toutefois jamais répondre à ces questions : pourquoi le Qatar en 2022 ? A quoi ont pensé les pontes du football mondial au moment de vendre l’organisation de la Coupe du Monde à ce pays-là ? A l’argent certes, mais à part ça ? Savoir compter c'est bien ; mais réféchir et anticiper ce n'est pas inutile non plus...

Tout indique que des calculs cyniques, des intérêts troubles, des copinages, des arrangements, voire des magouilles, l’ont (encore une fois) emporté sur un minimum de cohérence et de décence. Quelles sont les valeurs (serait-ce un  gros mot ?) que défend encore la FIFA ? L’image de Blatter et de ses troupes d'élite s’en trouvent, une fois de plus, ternies. Mais la FIFA s’en moque, car tout glisse sur ses façades aussi opaques que luxueuses. Les troubles sociaux au Brésil ? Les morts sur les chantiers au Qatar ? L’absurdité d’une Coupe du Monde dans le désert par 50 degrés juste pour une montagne de fric ? La FIFA s'en moque. La FIFA n’assume rien. Jamais. La FIFA encaisse. Pire encore, la FIFA persiste et signe: refus de la critique, refus de la remise en question, refus de tout ce qui ne va pas dans le sens de son orthodoxie. La Corée du Nord n’est pas loin.

 

On est pourtant en droit d’attendre d’une telle organisation - (comme on est en droit de l’attendre du CIO) - qu’elle ne se limite pas à la gestion de son business, qu’elle cesse de dégager en touche dès qu'on l'interroge, et qu'elle fasse preuve d’un peu de responsabilité morale et sociale dans ses activités planétaires. A la FIFA, en plus de ceux de géographie, il faudrait dispenser quelques cours d’éthique des affaires.

 

Ce nouvel autogoal de Sepp Blatter et ses amis fait presque sourire. Mais derrière le sourire, on a honte pour eux. Tout en sachant que si la honte tuait, il y aurait déjà eu depuis longtemps des morts à la FIFA.

 

PS: ... à quand une coupe du Monde au Groënland ?

 

 

Publié le 16 septembre 2013 à 12:23 dans Sports

Et si on parlait de Wawrinka plutôt que de Federer ?! Stan, enfin libéré de l’ombre de l’immense Roger, Stan qu’applaudissent enfin celles et ceux qui, hier encore, ironisaient à son sujet, le considérant comme un gentil et éternel second couteau...

 

Les honneurs que recueille le Vaudois ne sont pas pour me déplaire, car il y a, dans son succès et son accession dans le gotha du tennis, une petite leçon de morale qui rassure. Une morale selon laquelle la valeur travail a plus que jamais un sens.

 

Chapeau à Wawrinka pour ne pas avoir cédé au découragement et pour avoir toujours cru en son potentiel, alors que tout le pays (sauf vous peut-être…) n’avait d’yeux que pour Roger-le-magnifique. Le Vaudois, dans l’ombre de notre indifférence polie, s’accrochait obstinément, travaillait, se corrigeait; il perdait mais il refusait de se résigner à ce qui semblait devenir une fatalité. Il était bien plus que ce que certains (des journalistes mais pas seulement…) avaient décidé qu’il devait être. Son cheminement honore aujourd’hui autant son talent que son acharnement à progresser et sa détermination à refuser de se laisser abattre et enfermer par les jugements faciles… Et tout ça avec une apparente humilité, qui ne semble pas être feinte ni construite par un conseiller en marketing. Il semble enfin libre, Stan.

 

Qui d’entre nous peut imaginer ce qu’il a dû ressentir au plus profond de lui comme amertume toutes les fois où, lui battu, on ne lui parlait que de… Federer ? Aucun cadeau ne lui aura été fait. Il a dû s’arracher. Bosser. Et le mot "mérite" prend ici tout son sens. Sans rien retirer - évidemment ! – au génie de Federer, le chemin plus laborieux que Wawrinka se trace est plus touchant. Il est aussi, au sens premier du mot, admirable. Quelque chose dans son regard a changé. Et dans notre regard sur lui aussi.

 

Dans notre société où l’imposture est monnaie courante, il y a comme une justice qui se dégage de son itinéraire. Comme une vérité. La vérité du travail, de l’effort, de l’abnégation. Vous, je ne sais pas, mais en ce qui me concerne, je trouve ça exemplaire.

 

PS. Et en plus il est toujours présent en Coupe Davis, lui.

Publié le 31 juillet 2013 à 15:22 dans Sports

Roger Federer fut génial et il l’est toujours. Le fait qu’il ne brille pas cette saison n’altère en rien son génie. Qu’il perde contre des inconnus, qu’il peine, qu’il ne redevienne jamais plus numéro un mondial, n’enlève rien à ce que fut sa perfection. Ce qui est valable pour Mozart l’est aussi pour lui: quand on a été Federer un jour, on le reste toujours. Et l’on n’appartient à personne. Ni aux médias évidemment, ni même au public suisse qui s’est identifié à ce champion comme jamais à aucun autre avant lui.

 

Ce public dont la fibre patriotique vibre si délicieusement à chaque fois que son « Rodgeur » gagne. Ce public - si versatile et prompt à brûler ce qu’il a adoré - au sein duquel certains s’agacent aujourd’hui de voir notre monument national perdre quelques plumes. Au point d’oser presque le prendre en pitié. Au point même de lui demander de se plier à cette injonction: « Roger, ou tu brilles et tu gagnes encore, ou tu prends ta retraite ! » La victoire ou l’effacement, rien que ça. Rien de moins.

 

Je ne suis pas de ceux-là. Car outre le fait que se retirer du circuit ne regarde que lui, il y a, dans cette incitation carnassière à lui demander de gagner ou alors de quitter la scène, une logique consternante selon laquelle tout se résumerait à ceci: gagner ou perdre. Une vision très étriquée du sport. Car c’est bien d’autre chose qu’il s’agit avec Federer. Avec lui on est au-delà de la comptabilité boutiquière des victoires et des défaites. A un génie on ne demande rien, on s’en souvient… Picasso aussi a peint quelques croûtes, et alors ? Cela ôte-t-il quoi que ce soit à son œuvre ? Une évidence demeure: par son exceptionnel talent et par son travail, Federer a fait du tennis un art, il a enchanté le monde, marqué l’histoire de ce sport et donné de la Suisse la meilleure des images. Un jour nous pourrons dire: « Je l’ai vu jouer, je m’en souviens, c’était vraiment fabuleux... » Oui, tout est là, dans cette grâce, cette élégance, ces merveilleuses fulgurances qui furent les siennes. Le tennis comme un poème et ces heures de directs mémorables où nous admirions la beauté de ses gestes. Car sans beauté à quoi rime le sport ? A de la viande en mouvement, à de la productivité, à de dérisoires statistiques.

 

Certes, à 32 ans il illumine moins qu’il ne fatigue. Certes, il plie, il souffre, il perd. La haute compétition est impitoyable avec le corps des athlètes. Le combat contre l’âge est un combat sans espoir; et le maquillage ici ne fait pas illusion. Même lui, Federer, n’échappe pas à la loi physique selon laquelle « on ne peut pas être et avoir été ». D’une certaine manière, il fait déjà partie de notre passé, de notre mémoire collective. Et alors ?

 

Il restera toujours un champion génial. Même s‘il décline. Car effectivement il décline. Comme vous et moi. Et en ce sens, il nous est plus proche aujourd’hui dans ses défaites qu’il ne le fut jamais du temps de sa gloire.

Publié le 15 juillet 2013 à 16:00 dans Sports

Triche-t-il ? Est-il dopé « à l’insu de son plein gré » ? Sa facilité, sa puissance, son énergie, sa voracité à manger l’asphalte sont-ils les fruits d’autre chose que de son talent, son immense travail, son équipe et sa volonté prométhéenne ? Ce Chris Froome incandescent qui pédale sous le soleil brûlant, qui dévore la pente du Ventoux et laisse sur place Contador et tous les autres est-il honnête ? Est-il loyal ? Cet athlète est-il « propre » ? Mérite-t-il pleinement sa victoire éclatante ou triche-t-il comme tant d’autres héros avant lui ? Ces questions insidieuses je me les pose, bluffé par les démarrages si "faciles" de Froome sur le Ventoux. Ce n’est pas de sa faute, ni de la mienne d’ailleurs, mais je ne peux plus faire autrement que d’être suspicieux face à certains exploits, et pas seulement ceux des cyclistes.

 

Pourtant, j’aime le cyclisme, ce sport qui vient du peuple et va au peuple comme aucun autre. Je continue de le suivre malgré les scandales et les mensonges. Je regarde les coureurs, j’écoute les commentateurs, j’observe en silence, captivé, fasciné, toujours tenté par l’admiration pour ces athlètes et leurs immenses efforts. Pourtant, systématiquement, un doute poisseux revient... Je le répète: ce n’est pas de ma faute si je doute. Je voudrais tant y croire, si vous saviez ! Y croire comme j’y ai cru si longtemps. Je voudrais tant retrouver une impossible innocence de gamin. Mais là, non, rien à faire, je doute encore et toujours. Et je plaide non-coupable pour ce doute. Car on a trop souvent abusé de ma confiance, on m’a trop menti, trop promis et juré. Commentateurs, consultants, journalistes, coureurs et autres: ils ont trop pris le public pour un con, lui vendant comme des exploits admirables ce qui relevait plutôt de l'escroquerie en bande organisée. Du coup, oui, la confiance est cassée et elle n’est toujours pas entièrement rétablie. Le sera-t-elle jamais ? Et à qui la faute ?

 

Certes, ceux qui suivent le Tour et le commentent avec passion et compétence, me disent que les mœurs du peloton ont évolué, que la loi du silence mafieux n’existe plus, que le cyclisme est en train de faire sa mue, qu’une nouvelle génération efface les holds-up des vieux escrocs. Peut-être. Et Chris Froome nous dit que lui ne triche pas, contrairement à Lance, que lui et ses équipiers ont passé des semaines à s’entraîner très dur pour en arriver là. On voudrait tant le croire. Et d’ailleurs, peut-être qu’il dit vrai. Mais peut-être qu’il ment. Et c’est là qu’est le problème: dans ce « peut-être » qui pollue le cyclisme.

Publié le 20 juin 2013 à 11:56 dans Sports

Les événements qui secouent le Brésil en ces temps de Coupe des Confédérations ont le mérite de poser un éclairage cru sur le cynisme de la Fifa et sur ce divertissement populaire de masse qu’est le football.

 

Le boss de la Fifa - notre insubmersible et inamovible vénérable compatriote Sepp Blatter - a déclaré en substance ceci: « Le Brésil a voulu la Coupe du Monde de foot, qu’il assume ! » On ne saurait être plus sincère, plus indifférent, plus cynique et plus arrogant. Pour Blatter c’est  au Brésil et à sa population d’assumer que près de 20 milliards de francs - (dont combien en corruption ?) - soient investis pour que la Fifa puisse s'enrichir en mettant en scène le plus grand de tous les shows sportifs planétaires. 

Si le cynisme de Blatter ne me surprend pas, j’avoue que j’attendais de lui plus de finesse, plus de feeling, plus de subtilité politique et tactique. J’attendais qu’en bon Machiavel qu’il est, il feigne la compassion, l'empathie, et se fende de quelques mots habilement démagogiques pour tenter d’apaiser les foules.  

Mais non, Sepp, enfermé dans sa tour d'ivoire, a préféré la jouer brut de décoffrage en réaffirmant l’évidence selon laquelle au Brésil comme partout ailleurs dans notre société mondialisée, le business est le business. Et que le foot est ici le plus grand des business. Ce cynisme affiché par Blatter - dépassé par les événements et incapable de trouver le ton juste - montre combien la Fifa se moque des réalités profondes d’un pays. Que ce soit au Brésil aujourd’hui comme en Afrique du Sud hier, le souci du bénéfice maximal ne s’embarrasse pas des états d’âmes des peuples. On a beau le savoir, ça choque toujours. La honte n’est pas loin, mais la honte n’a jamais tué personne à la Fifa. Ni au CIO d'ailleurs, où l'on ne s'est pas non plus encombré de grands principes éthiques en attribuant des Jeux d'hiver 2014 au délicieux Poutine. Les discours de façade tenus par ces deux immenses organisations ne trompent plus personne : les valeurs ne pèsent rien face aux milliards.

Et le football, me direz-vous ? Certes, le Brésil est LE pays où la magie du foot est une réalité quotidienne, mais même là-bas la ferveur et l’envoûtement du ballon rond ont des limites. C'est ce que nous disent les centaines de milliers de brésiliens qui descendent hurler leur colère dans les rues. Ils nous disent que la puissance du sport-roi ne saurait faire oublier les frustrations et les angoisses légitimes d’une population écœurée par les injustices et la corruption.

 

Nous réalisons ainsi ces jours combien, même au Brésil, cet opium du peuple que serait le foot a ses limites. Et c’est rassurant. Très rassurant. N’en déplaise à Monsieur Blatter et à ses dévoués.

Publié le 23 mai 2013 à 10:54 dans Sports

Au moment où le sport en télévision tend à être de plus en plus privatisé (certains diront « confisqué ») par les chaînes payantes, la RTS pour sa part a diffusé en 2012, plus de 2000 heures de sport. Soit plus de cinq heures par jour en moyenne. Et ceci dans les trois langues nationales, pour le prix de la seule redevance, soit 1 franc 15 par jour environ.

 

Avec nos collègues et amis alémaniques (SRF) et tessinois (RSI), la RTS est un leader mondial de service public en matière de richesse, de variété et de densité d’offre sportive. En tv et sur notre site web pratiquement tous les événements majeurs sont accessibles. Beaucoup envient cette offre; et les audiences sont à la hauteur.

 

Mais au-delà des évidences des chiffres, il ne se passe pas une semaine sans que nos programmes sportifs ne soulèvent des questions, des remarques et des critiques de la part de notre public. La chose est évidemment normale, parce que le public « s’approprie » le sport comme aucune autre matière et qu’il réagit vite et de manière souvent exclusivement émotionnelle, sans beaucoup de recul. Mais le public a toujours raison, car il est notre raison d’être; pour nous il n’y a que lui qui compte: le public. Il y a cependant une très grosse difficulté à résoudre pour nous, une très grosse question dont la réponse à des contours très flous et complexes. Et cette question est simple: QUI EST LE PUBLIC ?


Car, même si le sport est très fédérateur, le fait est qu’il n’y a pas, dans ce domaine, UN seul public, mais bien DES publics aux attentes et aux goûts différents. Parfois totalement contradictoires et inconciliables. Cela complique et pimente singulièrement notre tâche en termes de choix programmatiques et de traitements journalistiques. Il est ainsi fréquent que, pour un même programme, un même reportage ou un même commentaire, des publics divers et variés s’expriment avec des regards, des sensibilités et des jugements différents, pour ne pas dire parfois incroyablement opposés.

 

Pour étayer mon propos, voici quelques remarques - authentiques - reçues ces derniers mois. (Je n’ai corrigé ici que les fautes d’orthographes, car le public fait, lui aussi, parfois des erreurs…

 

« Monsieur… pourquoi nous avoir privés de l’interview d’un joueur de l’équipe suisse de hockey à la fin de son match, et ceci pour diffuser le direct du match de Federer à Rome ? On s’en foutait du match de Federer ce jour-là ! »

« Monsieur… merci d’avoir eu la rapidité de réflexe de passer, dès le match de hockey de la Suisse fini, au match en direct de Federer : on a eu ce qu’on voulait, super ! »

« Monsieur… bravo et merci pour la place que vous faites régulièrement dans Sport dimanche à des sport mineurs. C’est très appréciable, et ça nous change du foot et du hockey ! »

« Monsieur… pourquoi nous parlez-vous dans Sport dimanche de sport avec des gens inconnus. On s’en fiche de ces sports-là… »

« Monsieur… comment osez-vous encore diffuser du cyclisme à la tv, alors que tout le monde sait que ce sport est pourri par le dopage ? Honte à vous. »

« Monsieur… merci de continuer à diffuser du vélo, car ce sport change et il faut le dire et le montrer. »

« Monsieur… merci de nous avoir permis de vibrer aux victoires de Cancellara. Lui c’est autre chose qu’Armstrong. »

« Monsieur… vos commentateurs sont trop gentils avec Cancellara ; lui aussi il est certainement dopé ! Mais pas vu pas pris, hein ! »

« Monsieur… basta de ne voir que du foot et du hockey, montrez-nous plutôt d’autres sports ! »

« Monsieur… vous devriez arrêter de montrer du hockey à la tv, il n’y a eu que ça durant tout le mois de mars et là ça recommence ! »

« Monsieur… merci pour tous ces grands moments de hockey ! On a vibré avec la finale Fribourg-Berne, et là encore plus avec la Suisse en Suède, magnifique ! »

« Monsieur… j’espère que l’on pourra voir Barcelone-Milan en direct sur RTS deux et pas encore une fois du hockey comme tous les soirs ou presque ! »

« Monsieur… pourquoi diffusez-vous du hockey sur RTS deux, alors qu’il y a des superbes affiches de Champion’s League le même soir ? »

« Monsieur… j’espère qu’on verra du hockey suisse et pas du foot européen sur votre antenne ce soir. »

Et enfin, la récurrente :

« Monsieur… j’aime ce commentateur (appelons-le X) et je déteste celui-là (appelons-le Y) » ; suivi de celle-ci : « Monsieur… j’aime ce commentateur (cette fois c’est d’Y dont il s’agit) et je déteste celui-là (cette fois c’est d’X dont il s’agit)… »

 

Oui, le public a décidément toujours raison... 

Publié le 14 avril 2013 à 19:17 dans Sports

La rédaction des sports de la RTS très triste, se trouve face à un grand vide.

 

Notre collègue Anne-Marie Portolès est décédée ce vendredi 12 avril au matin, juste avant que n’arrive – enfin ! – ce printemps tant attendu ! Il aurait d’ailleurs pu venir un peu plus vite et lui donner du rabe de ciel bleu, à elle qui, depuis des mois et des mois, combattait la maladie avec détermination, dignité et humour, sans se plaindre tant elle était pudique et fière.

 

De l’humour il lui en avait fallu - et pas qu’un peu ! - elle qui fut la première femme engagée comme journaliste sportive à la télévision romande à la fin des années 80. Une femme dans un monde si masculin, pour ne pas dire machiste. Il fallait le faire ! Et en femme solide, subtile et déterminée elle le fit : elle parvint à se faire une place, et toujours en gardant le sourire. Journaliste, commentatrice, présentatrice, rédactrice en chef adjointe, productrice, son parcours est complet : elle a eu le bonheur de pratiquer le métier qu’elle rêvait de faire, et de vivre l’intensité du sport de très près. Le sport pour le beau geste, pas pour les polémiques de bistrot. Elle n’était pas du genre à la ramener pour rien ; elle laissait ça à d’autres qui sont si nombreux. Le sport comme manière de voir la vie ; le sport dans le respect des règles.

 

Que ce soit à l’antenne, en coulisses ou en régie, elle stressait évidement « comme une bête », mais elle savait rester calme et posée. J’ai rarement vu à l’oeuvre quelqu’un d’aussi précis, soucieux et méticuleux. Avec Anne-Marie tout était toujours préparé de manière « nickel ». Elle avait ce sens, rare et précieux, de l’organisation et de la discipline à tenir pour que les choses « roulent » au plus juste. C’est ce sens qui l’avait poussée à quitter l’antenne pour s’occuper de la programmation de nos directs tv : un rôle de l’ombre, mais un rôle capital - avec près de 2000 heures de sport en 2012 ! (Record mondial pour une télévision de service publique, que nous partageons volontiers avec nos collègues alémaniques et tessinois qui appréciaient eux aussi beaucoup sa fiabilité et sa courtoisie).

 

Mais au-delà de ses compétences professionnelles, ce qui se dégageait d’elle c’était une grande douceur et une délicatesse en toutes circonstances. Anne-Marie était « quelqu’un de bien », comme dit la chanson. Oui, quelqu’un d’humain, de correct, de loyal. Et puis - qualité rarissime chez les gens d’antenne ! -, jamais elle ne mettait son ego en avant ; elle avait le sens du travail en équipe chevillé au corps et un profond respect des autres.

 

Sa mort laisse la rédaction des sports de la RTS face à un très grand vide. Un vide que nous allons tenter de remplir avec le souvenir au plus profond de nous d’une collègue généreuse, souriante, disponible ; qui reste aussi un exemple de rigueur et d’honnêteté.

 

Merci à toi Anne-Marie.

Publié le 06 mars 2013 à 15:10 dans Sports

En matière de sport, plus encore que dans toutes les autres matières médiatiques, le journaliste est particulièrement exposé à la critique. Une critique le plus souvent brut de décoffrage, assez primaire, car le sport est vécu de manière essentiellement émotionnelle, au premier degré, sans beaucoup de recul ni d’objectivité. En sport, un peu comme en politique, la subjectivité est totale et chacun voit le plus souvent midi à sa porte. L’argumentaire est souvent teinté de mauvaise foi et les donneurs de leçons sont légion : ils savent (évidemment !) toujours mieux que n’importe qui ce qu’il conviendrait de penser et de dire à propos de telle ou telle action ou prestation. Cette réalité propre au traitement du sport fait qu’il suffit parfois d’un rien pour que les journalistes et commentateurs se fassent littéralement lapider de mots violents. Ma foi, il faut vivre ça, savoir prendre la distance nécessaire, savoir se dire qu’après tout,  le sport n’est « que » du sport.

 

A ce propos, s’il est une chose que certains ne tolèrent ni ne pardonnent c’est que le journaliste sportif se permette d’avoir la dent dure envers un/e athlète de « son » pays. Cela est valable dans tous les pays du monde, car sur ce point-là tous les publics du monde se ressemblent. Ainsi en Suisse, comme partout ailleurs, le sentiment patriotique n’est jamais très loin du chauvinisme, une sacralisation du drapeau allergique à l’autocritique. Du coup, dès que le journaliste prend le risque de sortir des rails de la complaisance, dès qu’il ose émettre des remarques critiques sur la qualité de la prestation ou sur l’attitude de tel ou tel athlète suisse, voire d’une fédération de chez nous, il est vite assimilé à une sorte de traître à la patrie. Car pour une partie du public, le rôle du journaliste sportif devrait se limiter à connaître la matière, à la décrire et la décoder, à partager avec le public, éventuellement à critiquer les athlètes des autres pays, mais en aucun cas il ne devrait s’autoriser à critiquer « les siens ».

 

Vous pensez que j’exagère ? Pas du tout !

 

J’en veux pour preuve les réactions incendiaires reçues pour avoir critiqué l’attitude peu généreuse de Saint-Roger Federer lors de la dernière Coupe Davis ; ou avoir déploré les prestations décevantes de nos skieurs cette saison et certaines erreurs de Swiss-Ski. Il s’est alors trouvé dans le public des gens pour nous inviter - je les cite - « à nous ressaisir au plus vite », « à corriger le tir dans le bon sens national », «  à cesser  nos reproches », « à défendre les couleurs » et « à faire notre devoir de de manière solidaire avec nos athlètes battus ». Ah bon ? Rien que ça, rien de moins ? A les entendre, tout ce qui se présente avec une croix blanche devrait faire l’objet d’une adoration sans faille. Amen.      

 

Eh bien non, désolé pour eux, il faut redire ici, une fois encore, que la critique journalistique, pour autant qu’elle soit formulée avec courtoisie et force d’arguments, est aussi valable et justifiée dans le traitement du sport qu’elle l’est pour les domaines de l’économie, de la politique ou de la culture. Tout journaliste doit être capable de cette indépendance-là, même - et surtout - envers « ses couleurs ».

 

Pour ma part, les critiques et les insultes reçues n’y changeront rien.

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